Témoignage : Olivier Lemouzy

lemouzy2C’est l’arrière-grand-père d’Olivier, Antonin Fournié qui a créé l’entreprise d’expédition en 1935 à la suite de  la fermeture de son usine à cornichon impactée par la concurrence italienne et pour faire face à des difficultés liées à un aléa climatique.

«Historiquement, nous avons toujours eu une clientèle axée grossiste, qui était à l’époque le seul moyen de redistribuer» précise Olivier.

Lorsque Roger Fournié (le grand-père) poursuit l’entreprise, il se spécialise en « fruits d’été région Moissac » et se concentre sur l’expédition de fruits principalement. « L’hiver il allait en Catalogne, à Perpignan pour vendre les salades et les artichauts.

Ensuite, il revenait à Moissac pour vendre les cerises, prunes et le raisin d’appellation Chasselas de Moissac. Il arrête ensuite d’aller à Perpignan et investit dans la production. »

L’entreprise familiale devient donc une entreprise d’expédition avec une activité de production.

Vient ensuite le tour de Jean-Luc Lemouzy, le père (toujours en pleine forme) qui met fin à l’activité de production. L’expédition se poursuit mais uniquement pour les fruits d’été. Pour conserver une activité d’hiver, il s’essaye au transport. Jean-Luc fait l’acquisition d’un premier, puis d’un second camion qui lui permettent d’avoir une activité l’hiver et d’acheminer les marchandises de l’été, chez les clients grossistes, à Lyon et à Lille.

Après l’obtention de son diplôme en commerce (avec une spécialisation « Fruits et Légumes »), Olivier rachète l’entreprise Lompech dans le Lot-et-Garonne : « On avait des clients communs. C’était sensiblement le même profil que notre entreprise, mais avec les légumes en plus.L’entreprise avait également une grosse activité de transport. »

Il passe donc l’attestation pour devenir transporteur. Puis, l’activité évolue : « j’avais deux casquettes : une casquette d’expéditeur de légumes et une casquette de transporteur.

On allait à Clermont-Ferrand tous les jours, depuis Toulouse » évoque-t-il fièrement.Finalement, après le regroupement des deux entreprises, l’entreprise en revient à son activité de cœur : l’expédition.

D’ailleurs, les producteurs sont choisis pour leur capacité à conditionner leurs produits et sur leur façon de travailler.

La clé de la réussite pour Olivier ? « Rester très proche de ses clients et de ses producteurs. »Pourtant, il n’est pas toujours facile de concilier les attentes des acheteurs et les contraintes des producteurs. « Il faut comprendre ce que veulent les clients au-delà du prix. Ils veulent telle quantité pour une cantine par exemple … Ils veulent tel grammage, telle couleur, tel fruit à pépin ou à noyau. Et de l’autre côté, moi, j’ai des producteurs qui me disent ‘j’ai une maladie sur mon arbre’. Et je dois faire le lien entre ces deux mondes. »

Mais le secteur connaît des difficultés, Olivier évoque avec une pointe de regret dans la voix le fait que le nombre de producteurs se réduise et que la profession vieillisse. Pourtant, c’est un secteur très inventif : « Que ce soit du point de vue variétal, matériel ou condition de travail ce sont des gens très innovants. Mais, problème, on n’arrive pas assez à attirer les jeunes. On observe de plus en plus de jeunes producteurs qui s’essayent eux-mêmes à la commercialisation de leurs produits, en se détournant des compétences des metteurs en marché. Nous devons également faire face à des volontés politiques de regroupement de structures afin de concentrer de plus en plus l’offre dans nos différents bassins de production, cela porte tord à l’existence et à la pérennité des nos petites entreprises en ne tenant pas compte de notre regard d’expert sur la production. »

Dans son témoignage, Olivier décrit ce qui fait la beauté de son métier : « l’amour de la relation avec les gens de la terre, l’excitation commerciale qui permet de valoriser les produits du terroir, le défi du timing. » Face à la concurrence, aux regroupements de clients et aux gros expéditeurs, il tire une grande fierté de son statut d’artisan : « Aujourd’hui, nous existons encore parce que nous avons  une taille critique, nous sommes restés des artisans. Cette philosophie de travail, c’est ce qui nous permet de passer les saisons. »